Beady Eye, BE

Depuis la séparation d'Oasis, je n'avais encore rien écrit sur le sujet. D'abord parce que cette séparation dénuée du moindre professionnalisme m'avait complètement écoeuré du groupe pendant des mois, et puis parce que j'attendais que l'ère post Oasis dépasse le stade de l'album vaguement solo qu'on fait pour occuper le terrain. Les groupes qui se séparent font rarement de bons disques du premier coup.

Et le premier album de Beady Eye, Different Gear, Still Speeding, en était la preuve. Non pas qu'il soit mauvais, il y contenait quelques bonnes chansons, et même 2 ou 3 très bonnes. Surtout celles qui s'éloignaient un peu de la formule Oasis. Mais tout de même, ça sentait l'album vite fait, à partir de restes encore chauds de ce qui aurait pu faire partie du prochain album du groupe, complété par des titres de remplissage histoire d'arriver à 11 pistes.

Noel Gallagher, lui, l'avait joué plus finement. Son album solo était composé de chansons qu'il s'était déjà bien gardé d'enregistrer avec Oasis, sous le pretexte un peu limite que Liam ne parvenait pas à les chanter. Liam sait tout chanter à partir du moment où on écrit pour lui. Mais réécoutez les derniers albums d'Oasis, lisez les crédits, et vous remarquerez que Beady Eye et les Noel Gallagher's High Flying Birds existaient déjà. Noel gardait la plupart de ses compositions pour sa voix, et Gem et Andy Bell finissaient par fournir les meilleurs véhicules à la voix de Liam, quand il ne les construisait pas lui-même.

Le premier album de Beady Eye avait au moins cette qualité là : il donnait enfin, pour la première fois depuis... Definitely Maybe, en fait, l'occasion d'entendre un album où Liam interprêtait toutes les chansons. Et on n'a pas idée à quel point il est vital d'entendre cette voix sur toute la durée d'un album : quand on a Liam Gallagher dans son groupe, on tait ses envies de pousser la chansonnette.

Et Liam Gallagher méritait un meilleur écrin que ce premier album un peu bâclé pour ça. C'est ce que tente BE, et ce qu'il réussit plutôt bien. Parce qu'avec ce 2e album, les ex Oasis ont su faire ce qui s'imposait : embaucher un producteur qui n'a rien à voir avec leur univers. Dire que Dave Sitek pousse Beady Eye dans ses derniers retranchements serait franchement exagéré. Les 11 chansons de l'album restent tout à fait dans la veine de ce qu'on attend d'ex membres d'Oasis, sans aucune surprise. Les influences sont les mêmes, la répartition entre titres acoustiques et ceux plus rock est à peu de choses près la même que sur Different Gear, Still Speeding. Il y a bien quelques cuivres par ci et un pseudo sample des Zombies par là, quelques petits errements psychédéliques, et le single se termine par une tirade écrite par le Marquis de Sade, mais ça ne va pas plus loin que ça.

Non, là où Dave Sitek brille, c'est dans le son, c'est justement dans les moments où on sent qu'il a retiré, restreint, plutôt qu'empilé. Les meilleurs titres de BE ont cette retenue, ce côté cru dans la voix de Liam, dans les arrangements réduits au minimum. Et à vrai dire, même dans les morceaux les plus riches, on ressent cette économie, et ça donne à l'album une sorte de tranquilité, de force contenue, et même une certaine sensualité qui sied finalement très bien à la surprenante pochette - avait-on jamais vu la moindre référence sexuelle dans l'iconographie d'Oasis ?

C'est aussi une étonnante réponse au grand frère démissionnaire, davantage une déclaration d'indépendance décomplexée là où Different Gear Still Speeding était plus un preuve de survie. Les ballades jouent sur son terrain, le groupe prend un malin plaisir à faire ce qu'il n'aurait pas pu faire sous la main mise du "chief", et Liam y va de sa petite pique sur Don't Brother Me, mais à la Liam. Pas d'amertume à la Lennon, une main tendue avec humour. Genre : on s'éclate sans toi, bro, mais si tu veux revenir, on te refera une place, va. Oasis sera, certainement, à nouveau un jour. Mais ici et maintenant, Beady Eye EST, et a l'air de prendre son pied.