Phoenix, Bankrupt

L'idée de chroniquer un album de Phoenix se résume à faire un peu comme Phoenix, c'est à dire écrire à peu près la même chose tous les 3 ans. Rappeler par exemple que tous les albums de Phoenix sont sortis au printemps, ou au début de l'été, et que par conséquent, les meilleurs printemps sont ceux où sort un album de Phoenix. Parce qu'ils ont ce truc là. Ils savent sortir ces albums qu'on a envie d'écouter quand les beaux jours reviennent.

Le nouvel album de Pheonix, car tu écriras "Phoenix" P.H.E.O.N.I.X, et pas P.H.O.E.N.I.X, quoiqu'en dise l'Oxford English Dictionary, a donc une pression non négligeable sur les épaules, car faire d'un printemps aussi pourri quelque chose qui donne envie d'écouter Phoenix plutôt que Joy Division, n'est pas facile. D'autant plus que la barre a été placée très haut par l'album précédent. On aime Thomas Mars et ses gars, mais faire mieux que la nonchalence nostalgique de Rome, ou l'explosion de joie et de guitares du passage "hey hey hey hey hey" de 1901... Pas simple !

Heureusement, Phoenix fait partie de ces groupes qui peuvent tout se permettre, ayant fixé les règles très tôt. Dès leur premier album, même dès leurs premiers instrumentaux ou remixes pour Air, Phoenix a pris ses aises et imposé sa conception très large du bon goût (c'est à dire dépassant toutes les frontières de ce qu'on aurait considéré mauvais avant 1998), et une certaine habileté à jongler entre les styles, et surtout une facilité à systématiquement trouver la mélodie qui va bien, comme si c'était simple, comme si la voix de Thomas Mars pouvait passer sur tout.

Drakkar Noir

Du coup, aucun synthé n'est assez gros, aucun refrain assez californien, et aucune référence assez (faussement) vulgaire. Et puis on est en 2013, quoi. Il y a eu Drive. On peut y aller à fond. Et ça tombe bien parce que Bankrupt ne se refuse rien. Toujours produit par Philippe Zdar, l'album a la main lourde sur les synthés 80's, et le funk ripoliné à blaster dans la décapotable, sur Bel Air. Ou à Hong Kong, ou Tokyo. Parce que c'est l'autre tendance de Bankrupt : le synthé asiatique façon BO de jeu vidéo de kung fu.

Et c'est là leur génie : peu d'artistes arriveraient à placer ces influences et en faire quelque chose de bien, sans draper le tout dans un 43e degré à la Sebastien Tellier, ou en portant des masques de robots. Mais Phoenix y arrive avec une simplicité désarmante, et une intelligence, qui leur permet de jouer avec des références dangereuses, menaçant de leur péter à la gueule à tout moment : une des meilleures chansons de l'album a pour titre Drakkar Noir et sonne comme une virée en ski nautique, SOS in Bel Air pourrait être le titre d'une série produite par Aaron Spelling, Bourgeois implore un clip rempli d'affreux brushing 80's et de fringues flashy tourné en sale vidéo.

Till I die, till I die, till I die, till I die

Et quoi ? Les chansons sont toutes. TOUTES. Parfaites. Ces mecs ont juste un logiciel leur permettant d'aligner les bijoux pop, un logiciel qu'ils perfectionnent à chaque album : c'est toujours pareil mais en fait non. A tendre l'oreille on découvre des structures toujours plus complexes, des ruptures délicieuses qui leur permettent à tout moment d'appuyer sur le bouton off et de faire basculer leur bazar synthétique en mode folk minimaliste. Parce qu'ils ont des chansons derrière. On pourrait leur reprocher d'abuser de cet effet (ils font le coup 3 fois sur l'album), ou de nous refaire l'instrumental un peu électro qui vire ballade planante sur la chanson titre. On pourrait leur reprocher plein de trucs, d'ailleurs, de répéter leur formule sans trop se fouler, d'être beaux et riches, de continuer à donner des excuses à Sofia Coppola de faire des films où des gens s'ennuient sur leurs chansons... Mais vraiment, pourquoi ferait-on une chose pareille à un groupe qui rend nos printemps moins pourris ?