Depeche Mode Delta Machine

Delta Machine est le 13e album de Depeche Mode, et il sort 32 ans après le premier. Pour situer les choses dans le contexte, en 1994, 32 ans après la sortie de leur 1er album, les Rolling Stones sortaient Voodoo Lounge, sans doute un des premiers albums des Stones qui les faisaient paraitre vieux, anciens même. Il est d'ailleurs assez amusant de constater que même l'époque où on commençait à trouver les Stones vieux est déjà loin.

En 1994, Depeche Mode achevaient, c'est le mot qui convient, la tournée de l'album Songs Of Faith and Devotion, un album qui a aujourd'hui 20 ans. Depeche Mode commencent à faire vieux.

Il est donc assez épatant de les voir sortir un album qui les rajeunit autant.

Et la comparaison avec les Rolling Stones n'est pas complètement hasardeuse, car Delta Machine est principalement un album de blues. Electronique, certes, mais de blues. Ce qui ne devrait étonner personne, puisque du blues, Depeche Mode en fait régulièrement depuis que Martin Gore a découvert la guitare. De Personal Jesus à I Feel You en passant par Clean, Corrupt, John The Revelator, Freestate, Mercy In You ou Dream On, les influences ont toujours été là.

Mais sur Delta Machine, elles constituent la colonne vertebrale de l'album. Par le nombre de chansons bâties sur des rythmiques blues (j'en compte 6), mais surtout dans l'interpretation et la façon d'aborder les thèmes, que ce soit la voix de Dave Gahan, livrée brute de décoffrage, les guitares de Martin ou ses textes. Delta Machine est un album cru et minimaliste qui s'embarrasse rarement de plus que quelques habillages électroniques. Est-ce la fréquentation de Soulsavers par Dave Gahan qui a rallumé la foi et la dévotion, ou la parenthese VCMG qui a visiblement permis à Martin Gore de se vider la tête de toute ambition dancefloor ? (que l'on retrouve quand même par petites touches, notamment sur My Little Universe)

En fait, si on devait reprocher quelque chose à Delta Machine, ce serait presque son absence de tact. Certains textes s'articulent de manière trop rudimentaire, certaines allusions sexuelles sont trop directes, certains arrangements auraient pu être plus travaillés, et oui, Martin Gore tourne avec le même vocabulaire depuis 20 ans, et il y est question d'âme, d'anges, de souffrance et d'obscurité. Mais à défaut d'innover, voir le post précédent, Depeche Mode se concentrent sur ce qu'ils savent faire le mieux, et le font avec une énergie et une simplicité qui rendent l'album contagieux.

Son prédecesseur, Sounds Of The Universe, souffrait parfois des choix de production et de programmation un peu trop minimalistes de Ben Hillier. Ici, les choix tournent presque tout le temps à l'avantage des chansons, qui gagnent un côté visceral, renforcé par un Dave Gahan au sommet de son art. Comme interprète, où il brille dans les montées en puissance, ou plus rare, dans les aigus, mais aussi comme auteur de textes décidément de plus en plus assurés. Epaulé par un nouveau compositeur, il signe notamment 2 chansons parmi les plus fortes de l'album, Broken et Secret To The End, de celles qui nécessitent vérification dans le livret, pour savoir qui a écrit quoi. Au final, Delta Machine n'apporte pas grand chose à une discographie déjà bien pleine, rien d'autre que l'essentiel : l'envie de le réécouter.

 

Depeche Mode Delta Machine