Episode 9 : Sssshhhhh...

Il arrive parfois qu'un groupe fasse ce qu'on n'attend pas de lui. Qu'il sorte de sa bulle, et sorte quelque chose qui crée une rupture, qui divise. Voire, un malaise, un décalage tellement important qu'il paraît embarrassant, par moments, quand on est confronté à ces nouvelles chansons, dans le mauvais contexte, disons par exemple dans celui d'un concert dans une grande salle, où des dizaines de milliers de personnes s'attendent à prendre leur pied sur des hits.

Et au lieu de ça, ledit groupe essaie tant bien que mal de tirer le public vers lui, de créer une intimité, un moment spécial ou tout le monde se tait pour communier autour d'un blues minimaliste.

Et c'est à ce moment qu'un gros connard se met à hurler. Le gros connard qui attend Enjoy The Silence et Never Let Me Down Again. Et qui n'aime pas, mais alors pas du tout Exciter.

C'est alors que se crée le malaise. Et même ceux qui voudraient communier, qui voudraient que cette magie fonctionne, sont embarrassés. Et c'est alors que se crée le divorce entre votre serviteur, et cette espèce un peu étrange que l'on nomme les fans de Depeche Mode.

Parce que moi, j'adore Exciter. Et je n'aime jamais autant Depeche Mode que quand ils créent cette rupture, et parviennent à m'étonner, à m'emmener là où je ne les attendais pas. Oh bien sur, j'aime ma dose de tubes avec des gros synthés et de la guitare façon Enjoy The Silence, et quand DM s'est remis à faire des gros tubes qui sonnaient un peu comme Enjoy The Silence, sur Playing The Angel, j'ai pris, tu parles.

Mais ce côté zen, ce minimalisme auquel je ne m'attendais pas, la première fois que j'ai écouté Dream On, la première fois que j'ai entendu Shine ou Freelove, la beauté et la simplicité d'une ballade comme When The Body Speaks, même si les paroles sont simples, même si les accords du refrain sont pompés sur Space Oddity... Moi, un groupe qui fait ça depuis 20 ans (à l'époque), qui sort d'une période aussi tumultueuse qu'a été Depeche Mode à la sortie des années 90, et qui arrive à te surprendre en restant calme, en faisant preuve de retenue plutôt qu'en jouant la surenchère...

On dira ce qu'on voudra d'Exciter, que Martin Gore avait une panne d'inspiration, et on le sent sur certains textes, qu'il n'y a pas de single, que ci que ça. Le fait est que cet album a la classe, qu'il vieillit très bien et qu'il prouve ce que je me disais il y a quelques jours, lorsque je regardais les requetes Google du Bong.

Et les gens qui ont cherché "Heaven un single décevant" ou "Depeche Mode Heanven chanson de merde" (les gars, vous avez quoi dans le cerveau ?), je les revois en 2001 à ne pas répondre aux appels de Dave Gahan pour reprendre la fin de When The Body Speaks, ou à gueuler parce qu'ils n'ont pas eu leur ration de tubes.

Parce que voilà quand tu t'appelles Depeche Mode, tu n'as plus le droit de sortir une ballade en premier single. Et puis non faut pas qu'il y ait trop de guitares (lu sur Facebook, parmi les 57784 commentaires sur le clip). T'as pas autre chose depuis ce temps ? Tu veux pas aller pourrir les fans d'Indochine plutôt ? Chercher "Nicola Sirkis futur simple" ou "Memoria paroles consternantes" ?

People.

Alors il y avait des trucs un peu nuls sur Exciter aussi. Genre quand ils essayent justement de faire du Depeche Mode qui fait un peu de bruit. Genre The Dead of Night, cette espèce de chanson pseudo Marilyn Manson avec des paroles toutes moisies sur des vampires et des zombies et tout ça. Avec des bodies in chains, et des trucs décadants et tout. Et I Feel Loved est un peu nase aussi. "It's the dark night of my soul", oui non mais Mart, ok, c'est bon t'es trop goth. Mais il y a Freelove. Et quand arrive Freelove, son riff de guitare, la voix de Dave Gahan mise à nue, le texte. "If you've been hiding from love, I can understand where you're coming from". Mais fuck yeah, absolument ! Désarmant.

Je ne sais pas ce que Depeche Mode va jouer en tournée. Je vois mal Dave nous la faire au milieu du Stade de France "bon les gars on va tous se calmer et communier autour de Mart et sa guitare magique". Mais s'il y a d'autres moments aussi élégants que Heaven sur Delta Machine, faire fi des gros lourdauds et jouer deux ou trois morceaux d'Exciter ne serait pas totalement malvenu. Un petit Goodnight Lovers pour nous envoyer dans les étoiles en douceur plutôt que de nous laisser sur un gros tube. Un When The Body Speaks ou un Shine, tiens, ils n'ont même jamais joué Shine.

Merde, j'ai oublié de sauter I Feel Loved.

Sshhhhhhhh...