Episode 6 : C'est la nuit, c'est mieux.

Il y a des moments comme ça, où tu n'as plus besoin de rien. Tu es à un festival, tu viens de passer 3 jours à te balader de scène en scène, tu as découvert des groupes, redécouverts d'autres, tu as béni les Shins qui sont tellement bons qu'ils font partir la pluie, tu as essayé de te reconnecter avec tes 22 ans mais la connexion a foiré, parce que Placebo et les Dandy Warhols #CetaitMieuxAvant, tu as accepté les excuses de Noel Gallagher qui s'en tire avec les honneurs (et puis il a joué Whatever, il serait pardonné rien que pour ça), tu as craqué devant les petits nouveaux Hyphen Hyphen ou The Bots, tu as enragé de louper 99% du concert de Toy en priant pour qu'ils reviennent jouer pas trop loin dans pas trop longtemps, tu t'es fait chier comme un rat mort devant les Black Keys dont tu ne comprends toujours pas l'intérêt de l'existence... Et puis il est alors dimanche soir 21h, tu n'as plus de pieds, tu as fini ta dernière kro dégueulasse (un festival sponsorisé par une bière buvable, c'est possible ou bien ?) et il te reste un concert à faire.

C'est l'ambiance de merde du dimanche soir, celle où il n(y aura pas de lendemain. Toute sortie sera, pour la peine, réellement définitive. Mais il reste encore ce concert là pour te raccrocher. C'est sur la petite scène, la fort bien nommée "Pression Live". La meilleure du festival en fait, un petit coin en pente du Parc de Saint Cloud, une sorte de clairière sponsorisée par Kronembourg. A l'abri de Foster The People et de Green Day. Parce que toi tu as choisi ton camp, celui de la plage. Et de plage il en est question, puisque Victoria Legrand, Alex Scally, et "le batteur", alias Beach House, arrivent sur scène sur fond de Tubbs & Valerie, l'espece de ballade synthétique de la BO de la série Miami Vice. Le truc que tu retrouvais sur les compils Synthétiseur des années 90, quand le CD était encore majoritairement un truc pour tester tes enceintes. Derrière eux, des sortes de colonnes de Buren, ou des immeubles miniature, ou des monolithes zébrés, et de la fumée, beaucoup de fumée. Et il doit y avoir quelque chose dedans, ou dans les chansons, parce que ce concert bascule très vite dans le rêve éveillé, les chansons, du superbe Bloom ou de ses prédecesseurs que je n'ai alors jamais entendu, prennent une dimension complètement dingue. Chaque moment est un peu plus euphorique que le précédent.

Soudain arrive Wishes, que votre serviteur, qui n'a pas encore tout à fait apprivoisé Bloom, reconnaît entre mille, cette arrivée du refrain ou la voix de Victoria Legrand s'envole. Si la musique me faisait pleurer, je pense que j'aurais fondu en larmes à ce moment précis où j'ai reconnu ce refrain. Mais comme la musique, même la plus triste, n'arrive qu'à me remonter, j'éclate de rire, en fait. J'éclate de rire tellement ce que je vis est absolument parfait. A un moment, avant ou après, Victoria s'écrie : "C'est la nuit ! C'est mieux !". Et c'est effectivement mieux. Mieux que d'aller se farcir les Green Day à l'autre bout du parc. Mieux pour la petite fan en Converse d'1m55 qui n'aura pas à choper un torticoli pour voir ses idoles. Mieux de s'arrêter là, et d'emporter comme dernières notes la fin d'Irene. "It's a strange paradise..."

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