Episode 5 : Avec toi jusqu'à la mort

Il y a beaucoup de choses qui peuvent changer dans une vie. Tu peux changer d'amis, d'appartement, de ville, de métier, de vêtements, d'avis, de bord, ou de goûts. Mais il y a aussi des choses qui ne changent pas, et parmi les choses qui ne changent pas dans ma vie, il y a le fait que depuis 1999, je me jette toujours sur le nouvel album d'Archive le jour de sa sortie.

Et Archive ont changé aussi, pendant longtemps. Ils changeaient de chanteuse, de rappeur, de maison de disques, de musiciens, de style, de chanteuse, de maison de disques, de style, de chanteur. Et souvent, c'est quand on croit qu'ils ont trouvé la stabilité qu'ils changent à nouveau. Et c'est, visiblement, le cas avec With Us Until You're Dead, leur 125e album (non sérieux, je n'en ai même plus la moindre idée), arrivé avec un triple choc : un changement de maison de disque (mais ça on s'en fiche un peu à vrai dire), une nouvelle chanteuse, et un style… Certes reconnaissable, mais comme déconstruit, remodelé. Moins de Pink Floyd et plus de soul. Moins de politique et plus de sexe.

Intrigué, je m'attends à un nouveau choc, quelque part entre Take My Head et les morceaux les plus speed de Lights. Donc le jour de la sortie, je me jette dessus. Et… En fait, With Us Until You're Dead n'est pas tant le choc attendu, parce que ça n'a pas tant changé que ça. Violently est le morceau le plus radical de l'album. Le reste est beaucoup plus proche de ce à quoi on s'est habitué depuis Lights. Pollard Berrier, Dave Pen et Maria Q assurent toujours les voix. Les sons immédiatement reconnaissables sont là : les arpèges de piano électrique, les cordes synthétiques, les rythmes électroniques saccadés, les harmonies vocales, la plupart des morceaux n'auraient pas dépareillé sur Controlling Crowds.

Mais ce qui change, c'est le reste. Les structures des morceaux, l'équilibre entre les voix féminines et masculines (2 chansons pour la nouvelle Holly Martin et 2 pour Maria Q qui envoie tout en l'air sur le sublime Silent), la cruauté des arrangements : tout le temps sur la route depuis 2009, Archive n'ont visiblement pas eu le temps de trop travailler ce disque et ça s'entend. Et plus ça s'entend, mieux c'est : on retrouve le côté abrasif de certains morceaux de You All Look The Same To Me, on retrouve des voix écorchées de Noise, proches du primal scream, qui évoquent Pulse ou Get Out (le brûlant Twisting, ou Pollard Berrier explose).

On a hâte d'entendre ces morceaux en concert, on a hâte d'entendre Holly, surtout, parce qu'elle va foutre le feu. On est même prêts à accepter leurs postures parfois ridicules, le port de la guitare qui sert à rien de Pollard, le dodelinement incessant de Darius, le balai dans le cul du guitariste, on veut. On trouvera des rageux pour trouver que ça n'est pas aussi "travaillé" que Controlling Crowds ou Lights, on trouvera les habituels vieux cons nous rabachant que c'était mieux du temps de Londinium (refrain qu'on nous sert depuis leur 2e album, donc on a l'habitude)… Ca n'est pas grave : le conflit est inévitable. Avec nous, jusqu'à la mort.

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