Episode 2 : où il est question de samedis après midi et de bouts de plastique

L'autre jour, j'ai fait un truc de ouf. Un truc de rebelle, que plus personne n'oserait faire aujourd'hui, tu dis que tu fais ça, tout le monde te prend pour un dingue. Je suis allé chez Gibert, et j'ai acheté 3 disques. Trois. Tiens, je peux même dire lesquels : Sweet Heart Sweet Light de Spiritualized, Bloom de Beach House et Here Come The Bombs de Gaz Coombes. Et attention, pas des vinyles, hein, parce que ça m'arrive aussi, mais des CD. Ces foutus CD que tout le monde a toujours trouvé froids, sans personnalité, ceux qu'on a raillé pour leur pochette timbre poste, ou leur "absence de connexion sentimentale". Ces fichus CD constituent, depuis 1990, la majorité de ma discothèque. Et ces bouts de plastique sans personnalité, certains d'entre eux signifient tellement pour moi, j'ai vécu tellement de choses avec que les jolis discours sur la dématérialisation, et le CD qui ne nous manquera pas, me font doucement marrer.

Moi je veux bien admettre que c'est archaïque, que je dois être un des derniers pelés à se déplacer encore un samedi après midi pour acheter du plastique avec de la musique gravée dessus, que le vinyle c'est tellement plus chic et que rien ne vaut le son analogique... Mais moi je suis né musicalement au début des années 90, c'est à cette époque que j'ai commencé à remplir mes étagères de Violator, d'Achtung Baby, de (What's The Story) Morning Glory ? d'Oasis, The Great Escape de Blur, tous les R.E.M, Moon Safari d'Air, The Bends et OK Computer de Radiohead... Ca a été une partie importante de ma vie, ce rituel du samedi, ou d'après les cours, ou parfois même d'à la place des cours, de me rendre chez un disquaire, d'en sortir avec mes bouts de plastique et leur pochette timbre poste, de rentrer et de construire mon monde comme ça.

Et depuis il y a eu l'iPod, iTunes et tout ça, et c'est très bien. J'accumule les iPod depuis 2005, j'utilise iTunes, je me suis même essayé à iTunes Match récemment, et hormis la lenteur du service sur iOS, je trouve ça plutôt pas mal. Justement parce que ça permet de combiner les avantages de la dématérialisation et de garder un objet et une source, c'est important. J'explose également mon forfait data avec Spotify, et c'est une superbe borne d'écoute, très pratique pour le prix d'un album par mois.

Mais justement, ces albums que j'ai achetés ce weekend, et notamment celui de Beach House, c'est sur Spotify que je les écoutais en boucle. Jusqu'à ce que j'aie besoin d'une connexion, d'un objet, de cette pochette aux points texturés, avec ce livret énigmatique, des nuages, des paroles à la machine à écrire... Ca fait autant partie de l'expérience que la musique. Et tant que l'on n'aura pas trouvé un moyen vraiment original d'exprimer cet univers avec des pixels, et personne n'y est encore parvenu, je continuerai à acheter ces fichus bouts de plastique le long d'autres samedi après midi...